Un virus suspecté dans l’effondrement des colonies d’abeilles
Un nouveau suspect apparaît dans la longue liste des causes invoquées pour expliquer l’effondrement de colonies d’abeilles, observé dans de nombreux pays. L’hypothèse virale sort renforcée d’une étude génétique menée par l’équipe du professeur Diana Cox-Foster, du département d’entomologie de l’université de Pennsylvanie, aux Etats-Unis, publiée dans la revue Science du 6 septembre.
Depuis quelques années, les disparitions d’abeilles peuvent localement toucher jusqu’à 90 % des colonies. Plusieurs experts avancent l’idée d’une combinaison de pathogènes et de facteurs environnementaux, comme les pesticides. Aux Etats-Unis, le phénomène, baptisé Colony Collapse Disorder (CCD), aurait abouti à la disparition de 25 % des abeilles pendant l’hiver 2006-2007.
L’équipe de l’université de Pennsylvanie a séquencé des fragments de matériel génétique prélevés dans des colonies touchées par le CCD et dans les colonies saines. Une corrélation forte est apparue entre le CCD et la présence d’un virus, le Israeli Acute Paralysis Virus (IAPV). Ce dernier est détecté dans 83,3 % des échantillons affectés par le CCD, et dans seulement 4,8 % des colonies saines.
“Cela ne signifie pas qu’il est la cause des mortalités, mais qu’il constitue un marqueur du CCD”, explique Diana Cox-Foster. Elle va maintenant tenter d’inoculer l’IAPV à des colonies saines, et de reproduire le CCD.
“UN CANDIDAT PARMI D’AUTRES”
L’équipe américaine réfute la thèse défendue par le chercheur espagnol Mariano Higes (Centre régional apicole de Castille-La Manche), qui incrimine le champignon Nosema ceranae. Celui-ci a été retrouvé dans 100 % des échantillons provenant de colonies affectées par le CCD, mais aussi dans 80 % des colonies saines.
Toute la difficulté vient du fait que chaque colonie d’abeilles héberge une foule de parasites – bactéries, champignons, virus présents à l’état latent – que l’on retrouve dans les analyses pratiquées sur les abeilles mortes, sans que leur rôle dans l’effondrement de la colonie puisse être mis en évidence.
Pour Laurent Gauthier, du laboratoire de pathovigilance et de développement apicole de Supagro Montpellier, l’IAPV est désormais “un candidat parmi d’autres” pour expliquer les pertes d’abeilles. Mais “les virus peuvent aussi être une conséquence, plutôt qu’une cause”, de l’affaiblissement des colonies, poursuit M. Gauthier. “La question est de savoir s’il existe des facteurs de déséquilibre, favorisant la prolifération de ces pathogènes”, affirme-t-il.

