De nouvelles données prouvent la forte capacité à muter du virus H5N1

La souche virale de grippe aviaire à l’origine de la première contamination interhumaine confirmée, survenue en mai dans une famille indonésienne, avait muté de manière significative. Ce qui n’est pas sans questionner les communiqués de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La revue Nature révèle, jeudi 13 juillet sur son site Internet, une part des informations confidentielles liées à cette brève bouffée épidémique, durant laquelle huit membres d’une même famille ont été contaminés dans le nord de l’île de Sumatra. Un seul a survécu.
Six de ces cas proviennent de contacts étroits et répétés avec le malade initial, une femme de 37 ans qui avait été contaminée par des volailles. Les souches retrouvées sur cinq de ces six malades montrent, chacune, d’une à quatre mutations par rapport à la majorité des souches en circulation. Une de ces cinq personnes, un enfant de 10 ans, a, selon la thèse actuellement retenue, transmis de son côté le virus à son père.
Or la souche retrouvée à ce deuxième niveau de contamination est, quant à elle, caractérisée par 21 mutations génétiques. Ce taux de mutation “peut paraître surprenant”, estime Sylvie Van der Werf, directrice de l’unité de génétique des virus respiratoires à l’Institut Pasteur. Interrogée par Nature, Elodie Ghedin, chercheur en génétique à l’université de Pittsburgh (Pennsylvanie), se dit également surprise par une telle capacité du virus à muter.
La distance génétique qui sépare les souches retrouvées est d’ailleurs telle que la chercheuse suggère que le père ait pu contracter la maladie, non au contact de son fils, mais au contact de volailles.
“Une telle hypothèse n’est pas absurde bien que les dates de contamination rendent plausible une contamination du père par le fils”, juge Sylvie Van der Werf. Les changements fonctionnels liés à ces mutations ne sont pas connus à l’exception d’un seul qui, selon Nature, conférait au virus une résistance à l’amantadine, une molécule antivirale.
“CUL-DE-SAC”
Ces informations relancent la polémique sur la non-publicité des séquences génétiques des souches virales retrouvées sur des humains. Ces séquences sont la propriété des pays dans lesquels les cas sont apparus et elles ne sont consultables que par un cercle restreint de chercheurs appartenant à des laboratoires associés à l’OMS. Fin juin, cette institution onusienne avait estimé – sans en fournir la preuve – que les mutations génétiques intervenues au cours de l’épisode épidémique indonésien étaient “minuscules” et “non significatives” (Le Monde du 26 juin).
Interrogés, les services de l’OMS maintiennent que les mutations relevées sur le virus sont “non significatives”. “Avant de rendre notre avis, nous avons examiné les aspects génétiques mais aussi cliniques et épidémiologiques, explique-t-on à l’OMS. Or le virus a abouti, dans ce cas précis comme dans les cas précédents (probables de contamination interhumaine), notamment en Turquie et en Thaïlande, dans un cul-de-sac.”
Questionnée sur la possibilité que l’un des membres de la famille touchée puisse avoir été contaminé par une source externe à la cellule familiale, l’OMS dit ne pas pouvoir se prononcer dans la mesure où certaines analyses sont toujours en cours.
