La vache et le robot

Grâce à son collier électronique, Marguerite accède
à tous les services que lui offre la ferme où elle réside
A la ferme expérimentale de La Bouzule, près de Nancy, tout est automatisé : les vaches se font traire par un robot et sont nourries grâce à leur collier électronique.
Marguerite, une Prim’Holstein de la ferme expérimentale de l’École supérieure d’agronomie et des industries alimentaires, à La Bouzule, en Meurthe-et-Moselle, porte le numéro 6255 agrafé à l’oreille et sur la puce du collier électronique qu’elle ne quitte jamais. Docile, elle vient se faire traire pour la troisième fois de la journée par un robot. Le portique automatique s’est refermé sur elle dans la stalle et le lecteur de puce l’a identifiée, autorisant la traite. Un bras articulé — le même qui est utilisé chez Renault et Toyota — équipé d’une caméra laser, enfiche les manchons trayeurs sur le pis de la vache et en quelques minutes l’opération s’achève. Une badine à air comprimé s’agite prestement sur le dos de la bête, à la manière du garçon-vacher d’autrefois, pour l’enjoindre de quitter la stalle et de laisser la place à la prochaine qui attend déjà derrière le portique. « Un tel robot libère l’agriculteur de la contrainte de la traite. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les vaches tournent de leur propre initiative », explique Henri Guimont, responsable de la ferme de La Bouzule, qui pense qu’à terme cette robotisation va révolutionner l’élevage comme l’a fait il y a 50 ans la machine à traire. Ce type de robot est déjà très répandu en Hollande et dans les pays nordiques et certains gros exploitants en France l’ont adopté. Mais celui que vient d’importer la ferme de La Bouzule est le premier en France de sa génération. Capable de gérer deux stalles pour un élevage d’une centaine de bêtes, ce matériel a coûté plus de 200 000 €.
Un « parcours gourmand »
Les vaches se sont adaptées facilement à ce nouveau système, stimulées, il est vrai, par « un parcours gourmand » qui les fait passer de la « salle de couchage » où elles ruminent, à la « salle à manger » où les attendent les auges via le sas de la traite. « Cela dépend de leur caractère. 70 % des vaches ont compris le circuit en quelques semaines, certaines en deux jours. D’autres n’ont toujours pas compris, il faut aller les chercher, mais ça viendra », assure Henri Guimont. Pour La Bouzule, le robot n’est qu’un outil parmi d’autres pour affiner les travaux expérimentaux qui portent notamment sur la traçabilité et la sécurité alimentaire. Associé à un logiciel, le robot permet de tester en continu le lait de chaque vache, voire de chaque trayon. A l’autre bout de la chaîne, l’alimentation de la vache est aussi contrôlée automatiquement par des portillons d’auges intelligents. Muni d’une antenne, le sésame ne s’ouvre que lorsque la bonne vache, qu’il identifie grâce à son collier, se présente au portillon. Cela permet de conduire des tests comparatifs sur l’impact d’une nourriture polluée par exemple sur le lait. Parmi ses travaux, la ferme de La Bouzule évalue la présence de métaux lourds dans le lait lorsqu’une vache a brouté de l’herbe recueillie au bord d’une autoroute.
