La troisième ville du Rhône n’est toujours pas sortie du marasme
Des enfants de Vénissieux partis rejoindre l’organisation terroriste Al-Qaida, d’autres enfermés dans les geôles américaines de Guantanamo, des imams algériens des Minguettes expulsés pour prosélytisme, Vénissieux n’en finit pas d’alimenter la chronique du mal-être des banlieues. Environ un quart de siècle après la vague de violences qui avait incendié la zone urbaine prioritaire (ZUP) des Minguettes, la troisième ville du Rhône n’est pas sortie du marasme.
Pour comprendre la crise persistante de cette municipalité gérée sans interruption par les communistes depuis 1935, il faut revenir sur les racines du mal. Grosse bourgade agricole au début du XXe siècle, Vénissieux devint en moins de trente ans la commune la plus industrialisée de la région, dotée de grandes usines chimiques et textiles et de l’entreprise Berliet, le futur Renault Véhicules industriels (RVI).
Des vagues successives d’immigrés ont peuplé la ville : Espagnols et Italiens au début du siècle, puis Maghrébins, Africains, Polonais, Antillais et Turcs. En 1931, les étrangers représentent 40,8 % de la population vénissiane. La ville affronte alors un problème qui devient endémique : le logement. En 1962, la population a encore doublé par rapport à 1946. Pour répondre au besoin de logements, l’Etat annonce en 1965 la création de la future ZUP des Minguettes.
Sur un vaste plateau agricole de 220 hectares battu par les vents, 72 tours monotones de quatorze ou quinze étages sortent du néant. En 1973, l’essentiel de la ZUP est érigé : 9 200 logements, dont 7 500 HLM. Symboliquement, l’hôtel de ville est transféré au pied de la ZUP. Mais c’est à ce moment-là que la commune est touchée de plein fouet par la crise économique, les fermetures d’usines, l’explosion du chômage.
Sur le plateau des Minguettes, la concentration d’étrangers, le chômage et le manque d’équipement urbain font fuir les classes moyennes. Moins de dix ans après l’arrivée des premiers habitants, les conditions de vie se dégradent déjà. En 1976, un conseil municipal extraordinaire se penche sur les problèmes de la cité. La ZUP, où le métro n’est jamais arrivé, est devenue une banlieue dans la banlieue lyonnaise, où vivent près de 40 % des Vénissians. La commune a gagné des logements mais perdu sa centralité. Entre 1975 et 1989, elle perd 25 % de sa population.
PAS DE VÉRITABLE CENTRE
Près de quarante ans après la création de la ZUP, le paysage de Vénissieux n’a pas changé. Si dix-sept tours ont été détruites et doivent être remplacées par un habitat plus humain, la commune n’a toujours pas de centre. Le grand projet de ville (GPV) vise précisément à recréer cette centralité à l’horizon 2010 et à favoriser un retour “à la normalité urbaine”. Une belle médiathèque signée Dominique Perrault a pris place en face de la mairie, et le tramway doit relier dans quelques mois le quartier à Lyon.
Mais les vagues de plans sociaux ont accentué les difficultés des Vénissians, en particulier aux Minguettes où se concentre la moitié des chômeurs. Le nombre de RMIstes a augmenté de 47 % entre 1993 et 2002 alors que la population diminuait de 7 %. Le niveau d’études reste très faible. Un seul indicateur est supérieur à celui de la couronne lyonnaise : le taux de délinquance. Vingt-quatre ans après les rodéos de l’été 1981, les voitures continuent de brûler à Vénissieux.

Intéressant tout ça… J’aimerai bien savoir ce qu’il s’est passé dans les années 80 ??