Wednesday, June 29 2005

Le kha-nyou, nouveau rongeur d’une très, très vieille famille

Classification: Sciences @ 16:38:38

Longues moustaches, pattes courtes, queue touffue : ni rat ni écureuil, il se rapprocherait plutôt du cochon d’Inde ou du chinchilla. A y regarder de plus près, à considérer son corps tubulaire et ses petites oreilles, l’animal, pourtant, ne ressemble à aucun autre.

Et pour cause : découvert au Laos dans la région de Khammouan, sur l’étal d’un marché où sa dépouille était vouée à être rôtie à la broche, ce petit rongeur, désigné sous le nom de “kha-nyou” par ses consommateurs, est le représentant d’une nouvelle espèce. Plus sérieusement baptisée Laonastes aenigmamus (littéralement : l’énigmatique souris du Laos) et récemment décrite dans la revue Systematics and Biodiversity, elle vient donc de recevoir les honneurs de la science occidentale. Non sans quelques remous dans la communauté très fermée des paléontologues.

Certifier la découverte d’une nouvelle espèce de mammifère, cela prend du temps. Entre le moment où le Dr Robert Timmins, chercheur de la Wildlife Conservation Society de New York, a repéré l’étrange bestiole parmi les légumes du marché laotien (”J’ai su immédiatement, dit-il, qu’il s’agissait de quelque chose que je n’avais jamais vu avant”) et aujourd’hui, il s’est écoulé près de dix ans.

Le temps, pour son collègue Mark Robinson (World Wildlife Fund, WWF), d’obtenir auprès de chasseurs thaïlandais d’autres spécimens de kha-nyou. Puis de faire comparer par le Muséum national d’histoire naturelle de Londres la structure anatomique de l’espèce avec celle de rongeurs déjà connus. D’envoyer à une université américaine des échantillons biologiques, pour passer son ADN au crible de l’analyse moléculaire. Le temps, enfin, de soumettre à publication l’article affirmant haut et fort que le kha-nyou, doté d’”une unique combinaison de caractéristiques externes et cranio-dentaires”, est le représentant “d’une famille, d’un genre et d’une espèce” inconnus jusqu’alors.

Une famille inconnue ? C’est là, pour certains, que le bât blesse. Jean-Louis Hartenberger, par exemple, glirologiste (expert en rongeurs) de son état à l’université Montpellier-II, affirme que cette famille, sur laquelle les spécialistes ont déjà “longuement disserté”, a été identifiée “à plusieurs reprises, depuis plus de vingt ans, dans des gisements de mammifères fossiles du Pakistan et de Thaïlande”. Signée par l’un de ses confrères de Montpellier et par deux chercheurs du Carnegie Museum de Pittsburgh, une lettre visant à rectifier cet “oubli” a été adressée au célèbre hebdomadaire scientifique Nature. Celui-ci ayant fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de la publier, les protestataires vont tenter de faire rétablir leur vérité par le biais d’une revue moins prestigieuse.

La vraie surprise, s’il en est une, est d’avoir trouvé, dans cette famille de rongeurs que l’on croyait disparue depuis près de dix millions d’années, un représentant actuel. Un phénomène rare mais non exceptionnel, que les paléontologues qualifient d’”effet Lazare”. Le cœlacanthe, véritable fossile vivant de poisson, en est l’un des plus fameux exemples.




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1 comment for “Le kha-nyou, nouveau rongeur d’une très, très vieille famille”

  1. Wednesday 29 June 2005 @ 16:41:08, ChouPy says :

    Aujourd’ hui ils sont plus connus sous le nom de Kha-nyou-chou-ff ….mais eux c’est sur le marché aux légumes chinois qu’on le retrouve….
    Et comment appelle t-on le spécialiste de kha-nyou-chou-ff..Ouné Tobit-O-Blog…..héhé