Nos très chères forêts

Le marché forestier français est de plus en plus orienté vers la forêt non productive (résidentiel, chasse, réserve naturelle) plutôt que vers l’exploitation du bois. Du coup, les prix ont encore fortement progressé (+8,5%) en 2004.
« Les superbes maisons de campagnes dans des domaines de 300 ha, les réserves de chasse et les collectivités locales qui cherchent à constituer des espaces de protection de la nature » tirent les prix des forêts vers le haut, explique Laurent Piermont, PDG de la société forestière de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), qui présentait récemment le rapport annuel du marché des forêts.
En résumé, ajoute-t-il, « les fonctions non productives commencent à concurrencer les fonctions productives de la forêt française ».
« La tempête est oubliée »
De fait le prix des forêts a connu en 2004 sa plus forte hausse (+8,5%) des 10 dernières années à l’exception de 1999, atteignant en moyenne 4 120 euros l’ha, selon l’étude réalisée avec la SCAFR, le bureau d’études des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer).
Au contraire, les prix du bois étaient en 2004 inférieurs de 30% à ceux de 1997, principalement à cause de la tempête de 1999 qui a mis à terre quatre années de production.
« Mais la tempête est désormais oubliée et le marché forestier est florissant, aussi bien en valeur qu’en nombre de transactions », ajoute M. Piermont qui relève une séparation de plus en plus nette des trois fonctions traditionnelles de la forêt : production, protection de la nature et utilisation sociale.
La fonction résidentielle des forêts est devenue de loin la plus importante sur le pourtour méditerranéen, la Sologne, la vallée de la Seine et autour des grands villes alors que la production de bois domine encore très largement dans le département des Landes.
37 % depuis 1998
Mais les forestiers français restent optimistes pour l’avenir puisque le marché annuel représente 100 millions de dollars dans le monde et la consommation de bois « explose » en Chine et en Inde.
Depuis 1998, les forêts se sont revalorisées de 52% en valeur courante et de 37% en valeur réelle (hors inflation).
L’an dernier, quelque 12 100 parcelles forestières représentant 107 000 hectares se sont négociées pour un montant total de 800 millions d’euros, soit une progression de 15% par rapport à 2003, année au cours de laquelle 11 100 parcelles (soit 93 200 hectares) ont été vendues pour 563 millions d’euros.
Par zone géographique, c’est le pourtour méditerranéen qui enregistre la plus forte hausse des prix d’une année sur l’autre (+11,8%) devant le Grand Ouest (+9,8%), le Centre-Bourgogne (+8,9%) et l’Aquitaine (+8,3%), l’Ile-de-France se contentant d’un modeste +3,6%.
Les principaux acheteurs de biens forestiers restent les personnes physiques qui interviennent sur 61% des transactions, alors que les personnes morales, comprenant les groupements forestiers, n’achètent que 11% des lots.
