Lyon doit négocier avec ses voisins les conditions de son expansion
A dossée aux coteaux de l’Ouest, l’agglomération lyonnaise s’est, depuis toujours, développée vers les plaines de l’Est et du Nord-Est. Dès sa naissance, en 1966, la Communauté urbaine de Lyon (Courly) avait dépassé les frontières du département du Rhône. Plusieurs communes limitrophes de l’Isère et de l’Ain y avaient alors été transférées.
Quarante ans plus tard, l’agglomération lyonnaise, à la recherche d’une dimension et d’une organisation territoriales à la mesure des métropoles européennes avec lesquelles elle veut rivaliser, regarde à nouveau vers les villes voisines. Mais celles-ci ne veulent pas devenir l’exutoire de l’inévitable poussée de la métropole : croissance démographique élevée, besoin crucial de logements locatifs, pression foncière. En moins de deux ans, certaines communes ont vu s’envoler le nombre de leurs habitants et le prix du terrain, et elles ont dû revoir à la hausse la dimension de leurs infrastructures. “Les nouveaux arrivants exigent tout, tout de suite, alors que nos budgets, eux, ne s’enrichiront de taxes supplémentaires que dans huit ou dix ans”, déplore Christian Rival, maire et conseiller général (UMP) de Morestel (Isère).
L’intercommunalité fournit aux élus certains outils avec lesquels le Grand Lyon doit compter. Mais communautés de communes ou Schémas de cohérence territoriale (SCOT) ne suffisent pas à créer une force politique. Doté d’un espace abondant, et toujours perçu, à tort, comme un département rural, l’Ain, atone sur le plan politique, a eu et a encore des difficultés à faire admettre sa réalité de territoire industriel et rurbain, plus épargné que les autres par le chômage.
Les tentatives de la Courly, durant le mandat de Raymond Barre, de “partager” les taxes professionnelles des entreprises rhodaniennes qui s’étaient relocalisées dans l’Ain, ont laissé de mauvais souvenirs. “Il n’y a pas eu désert, mais transferts”, conteste Jacques Berthou, maire (DVG) de Miribel et conseiller général du canton (20 000 habitants), dont le territoire a, lui aussi, bénéficié de l’”expatriation” des entreprises lyonnaises. Il estime à 3 000 le nombre d’emplois créés en quinze ans.
UN TERRITOIRE STRATÉGIQUE
“Le danger d’annexion du nord Isère a été réel”, admet, de son côté, André Colomb-Bouvard, vice-président (PS) du conseil général de l’Isère. Tiraillé entre sa proximité géographique avec la capitale des Gaules et son appartenance au département de l’Isère, ignoré autant par l’un que par l’autre, ce territoire de 200 000 habitants, qui compte un pôle urbain (L’Isle-d’Abeau et Bourgoin-Jallieu) et, plus au nord, le Haut Rhône dauphinois, plus rural, a toujours souffert d’un manque d’identité. Sa proximité avec l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry, la présence d’un axe autoroutier, le prochain passage de la ligne ferroviaire Lyon-Turin ainsi que l’importance de ses réserves foncières en font pourtant un territoire stratégique. La directive territoriale d’aménagement (DTA), qui confie à l’Etat l’aménagement du Lyon-Turin, en phase finale d’adoption, est vécue par certains élus comme une intrusion. “Ils ont pris des petits morceaux par-ci par-là. On n’a pas eu notre mot à dire”, regrette le maire (UMP) de Montalieu, Georges Vagnon.
Le désengagement annoncé de l’Etat dans la ville nouvelle de L’Isle-d’Abeau, créée en 1972 pour lutter contre l’expansion de Lyon, soulève de nouveaux enjeux. Le Syndicat d’aménagement (SAN), qui regroupe cinq communes, doit disparaître avant la fin de l’année pour laisser place à une nouvelle structure, qui pourrait être une communauté d’agglomération, à condition d’élargir son périmètre.
Cette idée ne suscite pas l’adhésion de tous les élus. “Ils préfèrent rester dans leur intercommunalité à la carte, sans moyens et sans ambitions”, déplore Alain Cottalorda, maire et conseiller général (PS) de Bourgoin-Jallieu, qui a porté la candidature de sa ville. Une structure forte de 100 000 habitants et de 50 000 emplois permettrait, selon lui, “de nouer un partenariat plus équilibré avec le Grand Lyon”.
M. Cottalorda est convaincu de l’intérêt de saisir “la perche tendue” que représentent les contrats de partenariat proposés aux territoires périphériques, mais il ne veut pas laisser la métropole choisir “ce qui l’intéresse et refuser le reste”, comme elle l’a fait avec l’équipe de rugby de Bourgoin-Jallieu pour laquelle il attendait un soutien.
“PLUS QUESTION D’ANNEXION”
“Nous allons prendre Gérard Collomb au mot et lui proposer de co-investir dans des projets qui pourront contribuer à élargir l’excellence du pôle lyonnais, en photovoltaïque, nanotechnologies et sport et santé”, annonce-t-il, en misant sur l’appui du conseil général de l’Isère, présidé par André Vallini (PS). “Même si nous ne pouvons pas nous passer les uns des autres, nous n’en sommes pas encore à réaliser des choses ensemble”, nuance Alain Rossot, président du SAN, maire (DVG) de L’Isle-d’Abeau, qui est conscient de la position de faiblesse du nord Isère.
“Les relations avec le Grand Lyon sont aujourd’hui plus constructives. Il n’est plus question d’annexion. On peut travailler sur des dossiers concrets”, reconnaît Charles de la Verpillière, président (UMP) du conseil général de l’Ain, en évoquant le lancement d’une réflexion commune sur la politique des déplacements dans le sud-ouest du département. Par ailleurs, la création, récente, d’une Agence de développement économique doit permettre de “parler d’égal à égal” avec les structures lyonnaises, indique M. de la Verpillière.
Ce souci de “partenariat” englobe aussi bien la revendication de mise en place d’une plate-forme multimodale sur la ligne de fret France-Italie, à Ambérieu-en-Bugey, que celle d’avoir son mot à dire sur l’extension de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry, le tracé du futur TGV Rhin-Rhône et, tout en approuvant l’échangeur de l’A 432, aux Echets, la nécessité de réalisation du contournement ouest de Lyon (COL) pour éviter la thrombose du Noeud-des-Iles. “Nous ne voulons pas nous intégrer dans une superstructure qui pourrait imposer sa propre vision. Nous voulons conserver notre autonomie et travailler sur des projets communs”, insiste, de son côté, le maire de Miribel.
