Crise européenne inédite

STRASBOURG (AFP) – Le président de la future Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, va devoir reprendre son bâton de pèlerin pour trouver une issue à la crise, inédite dans l’histoire de la construction européenne, ouverte par sa capitulation face aux eurodéputés hostiles à son équipe.
Assuré d’être privé d’investiture, M. Barroso a renoncé mercredi à soumettre le collège au vote du Parlement européen. Il va “consulter” les dirigeants des vingt cinq Etats membres de l’UE avant de revenir chercher l’onction des élus de Strasbourg.
Sa tâche s’annonce difficile. L’Italie et d’autres pays dont les commissaires sont contestés n’affichent guère l’intention de se plier aux exigences des eurodéputés.
Cette crise institutionnelle va jeter une ombre sur la signature vendredi à Rome de la Constitution européenne. Son autre conséquence immédiate va être de prolonger le mandat de la Commission sortante de Romano Prodi, qui arrivait à échéance le 31 octobre.
M. Barroso s’est refusé, lors de sa brève déclaration, à spéculer mercredi sur ce que sera sa prochaine équipe remodelée.
“Je changerai le nécessaire et le suffisant”, a-t-il seulement promis, sans s’épancher sur le cas du commissaire italien Rocco Buttiglione, à l’origine de la crise pour ses propos controversés sur l’homosexualité et la famille.
“Je dois consulter le Conseil européen, je veux écouter leurs opinions. Ensuite, je dois engager des discussions avec les différentes forces politiques du Parlement”, a-t-il dit.
C’est peu avant midi que M. Barroso a concédé l’échec de vingt quatre heures de tractations pour tenter de sauver son collège.
“Si un vote a lieu aujourd’hui, le résultat ne sera pas positif pour les institutions européennes et le projet européen. Dans ces circonstances, j’ai décidé de ne pas soumettre la nouvelle Commission à votre approbation aujourd’hui”, a-t-il déclaré, sous les applaudissements de ses opposants.
“J’espère que nous pourrons arriver à un résultat dans les quelques semaines à venir”, a-t-il conclu.
La Commission Barroso était assurée qu’un vote des eurodéputés déboucherait sur un refus d’investiture par une majorité hostile en particulier au commissaire italien désigné à la Justice, la Liberté et la Sécurité, Rocco Buttiglione, auteur de propos controversés sur l’homosexualité et la famille.
Contre elle s’étaient mobilisés l’ensemble de la gauche, les 200 élus socialistes notamment, résistant aux pressions des gouvernements de même étiquette en Allemagne, au Royaume Uni et en Espagne, mais aussi la plupart des souverainistes et une majorité des 88 élus démocrates et libéraux de l’ADLE.
Patron des socialistes, l’Allemand Martin Schulz a salué une “victoire du Parlement européen”. “Nous n’avons pas besoin d’un conflit des institutions. Nous avons besoin d’une Commission forte et capable de travailler”, a rétorqué à Berlin le chancelier allemand Gerhard Schroeder.
M. Schulz et son homologue libéral britannique Graham Watson ont réclamé le départ de M. Buttiglione du futur collège remanié, mise en garde élargie par le chef des élus PSE à d’autres commissaires, dont la Néerlandaise Neelie Kroes (Concurrence), contestée pour ses liens passés avec les milieux d’affaires.
“Quand on aura dessoûlé, nous réaliserons que M. Barroso a été durablement affaibli. Il va maintenant recevoir un accueil compliqué au Conseil européen de la semaine prochaine”, a estimé un autre élu libéral, Andrew Duff, en référence au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des 4 et 5 novembre à Bruxelles.
Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a été le seul à appeler mercredi à un “large remaniement” de l’équipe Barroso.
Au risque de prolonger l’imbroglio, l’Italie en revanche a décidé de maintenir la candidature de Rocco Buttiglione. Les Pays-Bas entendent faire de même avec Mme Kroes.
