Découverte du mécanisme de résistance naturelle de l’orge à l’oïdium

PARIS (AFP) – Le mécanisme par lequel un gène de résistance à l’oïdium introduit naturellement il y a plusieurs décennies dans l’orge permet à cette céréale de ne pas être victime de ce champignon pathogène vient d’être découvert par une équipe européenne, qui publie le compte rendu de ses travaux jeudi dans la revue Nature.
Maladie de nombreuses plantes (céréales, vigne, plantes d’ornement…), causée par un champignon microscopique qui s’attaque aux feuilles et leur donne un aspect blanchâtre (d’où son nom – “blanc” – au Canada), l’oïdium (”Blumeria graminis”) est considéré comme une des maladies les plus dévastatrices chez l’orge et le blé. Ainsi, selon une enquête réalisée par BVA, les céréaliers estimaient encore il y a six ans à dix quintaux en moyenne à l’hectare les pertes dues à ce champignon.
Au cours des années 1970, un gène de résistance à l’oïdium, le Mlo, plus précisément sa forme la plus performante, la plus durable, le mlo-11, a été introduit, par des méthodes traditionnelles d’amélioration des plantes, dans la plupart des variétés cultivées d’orge. Ce croisement a permis de réduire considérablement l’usage de fongicides chimiques utilisés exclusivement jusqu’alors pour combattre cette parasitose ou empêcher son apparition.
Ce mlo-11 a été introduit à partir de lignées d’orges résistantes à l’oïdium découvertes dans des collections issues de prospections en Ethiopie.
Comment opère le mlo-11 dans ces variétés d’orge et dans celles dans lesquelles il a été introduit ? Neuf chercheurs, parmi lesquels Pietro Piffanelli et Angélique d’Hont, du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD, France), ont découvert l’origine tout à fait inhabituelle de la variation de la séquence de l’ADN chez ce gène et proposent, à partir de ces résultats, un mécanisme expliquant comment cette variation confère la résistance à la maladie.
Dans ce mlo-11, expliquent les scientifiques, figurent en effet de multiples larges duplications de la première moitié du gène, qui interfèrent avec la manière dont celui-ci est “allumé” ou “éteint”, en réponse à l’attaque du champignon. Jamais ce mécanisme n’avait encore été observé dans le règne végétal.
Pour le CIRAD, qui travaille notamment à l’amélioration variétale de plantes d’origine tropicale telles que le riz, la canne à sucre, le sorgho, le cacao, “ce travail montre l’importance de maintenir et de caractériser la diversité existant naturellement dans les plantes cultivées en tant que ressource génétique de caractères importants pour l’agriculture”.
“Actuellement, a souligné Pietro Piffanelli, 70% des orges précoces cultivées – en Europe et Amérique du nord essentiellement – possèdent ce gène mlo-11 et sont complètement protégées, de façon durable et naturelle, contre l’oïdium.” Les études génétiques et moléculaires de ce type sur d’autres plantes cultivées pourraient donc permettre de les améliorer, et notamment de les rendre résistantes aux parasites, sans recourir à la technique des Organismes génétiquement modifiés (OGM). Selon Pietro Piffanelli, la méthode n’est toutefois pas envisageable pour certaines plantes, comme le blé.
