Saturday, May 22 2004

La Palme d’or pour le brûlot anti-Bush de Michael Moore

Classification: Art & Littérature @ 23:23:12
Palme d'Or

CANNES (Reuters) – Pour la première fois depuis 1956, année où “Le monde du silence” de Jacques Cousteau et Louis Malle avait triomphé, un documentaire a remporté samedi la palme d’or au festival de Cannes, tandis que la Corée, après le Japon et la Chine, obtient la reconnaissance internationale en glanant le Grand Prix.

Que “Fahrenheit 9/11”, le brûlot anti-Bush du documentariste américain Michael Moore, ait gagné la récompense suprême n’a rien de bien surprenant. Il figurait parmi les favoris et avait été salué par une longue “standing ovation” lundi dernier, lors de sa projection dans le Grand Théâtre Lumière du Palais des festivals.

Michael Moore, dans Fahrenheit 9/11, dresse un véritable réquisitoire contre le président des Etats-Unis George W. Bush. Il traque le fils Bush dès l’élection de 2000 et continue en stigmatisant son comportement lors des attentats du 11 septembre 2001 pour finir par une condamnation sans appel de la guerre en Irak.

“Les gens ont toujours aimé les films qui ne sont pas de la fiction”, a dit Moore, qui avait gagné le Prix du 55e anniversaire du festival de Cannes deux ans auparavant, avec “Bowling for Columbine”.
“Le public de toute facon adore avant tout une bonne histoire. Dans mon esprit, je ne voulais pas faire un documentaire mais un bon film. La non fiction est en train de sortir du ghetto”, a-t-il ajouté, lors de la conférence de presse suivant la remise des prix.
Interrogé sur les réactions que susciterait son film palmé aux USA, Moore a répondu: “Je m’attends à ce que les médias d’extrême-droite présentent cette palme d’or comme un prix strictement francais”.
Mais Moore a rappelé que quatre membres du jury sur neuf étaient américains. “J’espère que les journalistes américains qui se trouvent ici présenteront les choses telles qu’elles se sont déroulées”.

Quant aux éventuelles réactions anti-francaises qui pourraient encore éclore outre-Atlantique à l’issue de cette palme, Moore a précisé: “Les Francais sont nos amis. Sans eux, les Etats-Unis n’auraient peut-être jamais vu le jour. Les Francais l’an dernier ont tout simplement essayé de se comporter comme de simples amis. C’est ce qu’ils ont fait lorsqu’ils nous ont dit: ‘Vous n’êtes pas sur la bonne voie'”.

Moore a ajouté qu’il était “dégoûté” de cette propagande anti-francaise et estimé qu’il serait juste que des “excuses” soient présentées à la France. “Cette palme d’or n’est pas un prix francais, c’est le prix du premier festival international du film au monde”, a-t-il lancé.

Quant à la distribution de son documentaire aux Etats-Unis, Moore s’est montré optimiste. “Tout ce que je peux dire c’est que Bob et Harvey (Weinstein, les patrons du distributeur Miramax) négocient avec Disney pour soutenir le film. Il semble que les négociations avancent très bien”, a-t-il dit, évoquant une forte probabilité d’aboutir dans la semaine, voire demain.

Tout en espérant que “Fahrenheit 9/11” provoque des réactions de civisme, Moore a souligné que “le cinéma, l’Art, nous imposent de traiter un film en lui donnant la priorité sur la politique. Si je voulais faire un discours politique, je me présenterais à des élections”.

Moore et les intermittents

La Corée est l’autre grande triomphatrice de Cannes 2004, avec “Old Boy”, une adaptation d’un manga japonais qui donne un thriller hautement stylisé, recherché à un point qu’une première vision ne permet sans doute pas d’en apprécier tout le goût.

“Avec le développement du DVD et d’autres médias, on ne voit pas un film qu’une fois et on peut découvrir de nouveaux éléments en le revoyant; j’ai essayé de faire ce long métrage en conséquence”, a dit le réalisateur Park Chan-wook.
“Le film parle aussi du temps, de la confrontation entre le passé et le présent, des éléments que j’ai essayé de faire s’entrechoquer”, a poursuivi le cinéaste.
“Il y avait tellement de grands réalisateurs en compétition que je n’aurais jamais rêvé d’avoir un prix ici”, a-t-il répondu à une question relative à ses attentes avant l’annonce du palmarès.

Les trois films francais qui étaient en lice ont été distingués d’une manière ou d’une autre. Olivier Assayas avec “Clean” offre à son ancienne compagne Maggie Cheung le Prix d’interprétation féminine. “Emily a été difficile à interpréter, non d’un point de vue technique mais parce que le personnage lui-même était douloureux”, a expliqué l’actrice chinoise. Olivier Assayas “est le cinéaste qui me comprend le plus; nous sommes très proches et il n’y avait qu’Olivier qui puisse me faire confiance pour jouer un rôle comme celui d’Emily”.

Tandis que Tony Gatlif repart avec le Prix de la Mise en Scène pour “Exils”, le tandem Agnès Jaoui/Jean-Pierre Bacri récolte le Prix du scénario. “C’est un prix qui nous va très bien car pour moi le scénario, c’est ce qui est le plus important”, a réagi Agnès Jaoui, également réalisatrice de “Comme une image”. “Pour moi, un bon film, c’est quand même un bon scénario”.

“Comme une image” avait été plébiscité par la presse américaine qui en avait fait l’un de ses favoris pour la palme d’or.
Interrogé précisément sur la palme d’or attribuée à Michael Moore, Jean-Pierre Bacri a dit qu’il avait “spontanément et a priori beaucoup d’affection pour cette palme d’or”. “Moi aussi, je suis très contente de cette palme”, a ajouté Agnès Jaoui.

Comme toujours, chaque palmarès a ses grands oubliés et cette année, l’un des moindres n’est pas “2046”, puisque le long métrage du Chinois Wong Kar-waï était certainement celui qui était attendu avec le plus de curiosité.

On a pu craindre jusqu’au dernier moment, qu’il n’arriverait pas à temps. Mais il a finalement été montré comme prévu jeudi mais cela n’a pas suffi à emporter le coeur du jury, ni des festivaliers. Peut-être ce sentiment d’avoir vu une oeuvre inachevée a-t-il joué contre ce film, qui était cependant certainement le plus beau de la sélection, celui doté de la mise en scène la plus raffinée et qui a mis en valeur comme jamais ses acteurs et actrices.




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