Saturday, February 21 2004

Le réseau à pleins tubes

Classification: Internet @ 10:22:19

Le succès américain du logiciel de téléchargement d’Apple prouve que la musique en ligne payante a un avenir. En Europe aussi, le marché commence à bouger.

Pour l’industrie du disque, l’année 2003 aura été à marquer d’une pierre noire… et blanche! En effet, jamais les téléchargements gratuits (et donc illégaux) de musique n’auront été si importants: 100 millions de chansons sont téléchargées chaque mois en France et les ventes de CD ont chuté de 11% l’an dernier. Pourtant, 2003 aura aussi marqué un changement d’une autre nature. Pour la première fois, plusieurs internautes se sont fait condamner, mais le véritable coup de semonce est venu à la fin d’avril 2003, avec le lancement, aux Etats-Unis, du logiciel de musique en ligne payante d’Apple, iTunes Music Store. Son succès – 2 millions de titres vendus (à 99 centimes d’euro hors taxes) en quinze jours – a été éblouissant, si bien qu’Apple propose depuis le 16 octobre, toujours aux Etats-Unis, une version Windows d’iTunes. Aujourd’hui, avec près de 35 millions de titres vendus en neuf mois, les objectifs ont été considérablement revus à la hausse: non seulement Steve Jobs, le patron d’Apple, vient de lancer une version mini d’iPod, son – très rentable – baladeur numérique, mais il table sur 75 millions de téléchargements pour le premier anniversaire d’iTunes…

«Cela prouve que le marché de la musique en ligne payante existe et qu’il est viable», explique Sophie Bramly, directrice des nouveaux médias chez Universal Music France. Depuis le lancement du logiciel d’Apple sous Windows, les candidats se pressent: Napster, le précurseur de la musique en ligne, dissous en 1998, renaît sous la version Napster 2.0 et le distributeur Wal-Mart – 0,88 dollar la chanson – a lancé, le 19 décembre, un catalogue payant de 200 000 titres. D’autres poids lourds ont fait part de leur intention de se lancer; dès cette année, Microsoft proposera aux Etats-Unis de la musique via son portail MSN, tout comme Dell et Sony.

Une offre légale peu connue En Europe, la donne est un peu différente, les négociations avec les producteurs ayant lieu pays par pays, dans un contexte juridique plus contraignant. En outre, le poids de la musique locale – autour de 50% – demande une bonne connaissance des consommateurs. Résultat, Apple ne dit toujours pas à quelle date il proposera iTunes aux Européens, d’autant que plusieurs sites existent déjà.

Dans l’Hexagone, E-compil, qui appartient à Universal Music France, VirginMega et DigiFnac vendent entre 30 000 et 40 000 titres par mois, soit par abonnement (par exemple 20 titres pour 15,50 Â?), soit au single (souvent via Audiotel, 1,69 Â? la chanson). Si les ventes restent faibles – «Mais très peu de gens savent qu’il existe une offre légale», relate Sophie Bramly – les choses commencent à bouger: DigiFnac, qui passe actuellement par l’intermédiaire d’un prestataire, va lancer sa propre offre dès 2004. Et E-compil lance cette semaine en France une campagne publicitaire autour de plusieurs artistes (Calogero et Pascal Obispo notamment), avec le slogan «Téléchargez-moi».

Aussi, même si la rentabilité du système nécessite des volumes très importants (en France, sur 1,69 Â?, moins de 8 centimes reviennent au site), une étude de Forrester Research estime le marché à près de 3 milliards de dollars en 2008, prévoyant qu’un tiers des ventes de musique se fera alors par téléchargement. De quoi rendre ainsi le sourire aux majors. Un nouveau modèle économique de l’industrie musicale est peut-être en train de voir le jour…




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