Les Etats-Unis annoncent un premier cas de “vache folle”
WASHINGTON (Reuters) – L’administration Bush a annoncé mardi que le premier cas de maladie de la “vache folle” enregistré aux Etats-Unis avait été découvert dans une ferme de l’Etat de Washington, ce qui a aussitôt amené plusieurs pays d’Asie à suspendre leurs importations de boeuf américain. La découverte de ce cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), qui menace la filière bovine américaine, a fait chuter en Bourse les titres d’entreprises de restauration rapide et suscité des craintes parmi les consommateurs – un responsable ayant jugé possible que la viande de l’animal malade ait déjà été consommée sous forme de hamburgers.
“Une seule vache de race Holstein de l’Etat de Washington a subi un test présumé positif à l’ESB ou ce qui est communément appelé maladie de la vache folle”, a déclaré la secrétaire américaine à l’Agriculture, Ann Veneman. “Même si le risque pour la santé humaine est minimal, nous allons prendre toutes les mesures adéquates avec la plus grande des prudences.”
Sans perdre un instant, le Japon, la Corée du Sud et Singapour ont annoncé qu’ils suspendaient leurs importations de viande de boeuf américaine. A Taiwan, qui a acheté aux Etats-Unis le cinquième de ses importations de boeuf entre janvier et octobre, des responsables de l’agriculture se consultaient sur une éventuelle décision analogue. La Thaïlande envisage aussi une mesure de suspension.
Le Canada, victime de sanctions après le cas d’ESB annoncé sur son territoire en mai dernier, a fait savoir mardi qu’il n’interdirait pas le boeuf américain pour le moment et a engagé les autres pays à se fonder sur des considérations scientifiques rigoureuses avant d’adopter des mesures de rétorsion.
Les Etats-Unis n’avaient signalé jusqu’ici aucun cas d’ESB, maladie qui a décimé le cheptel bovin britannique et gravement affecté l’agriculture européenne dans les années 1990. Un lien a été établi entre l’ESB et la maladie humaine dégénérative de Creutzfeld-Jakob, qui peut résulter de la consommation de produits bovins contaminés.
Confirmation attendue d’Angleterre.
Veneman a précisé que la vache laitière de l’Etat de Washington, qui était trop faible pour marcher, avait subi un test positif le 9 décembre dans une ferme proche de la ville de Mabton qui a été placée en quarantaine. La secrétaire a estimé qu’il n’était pas encore possible de savoir s’il s’agissait ou non d’un cas isolé.
La confirmation définitive de ce cas d’ESB doit être fournie par un laboratoire britannique, ce qui pourrait prendre de trois à cinq jours, a-t-elle ajouté. Un échantillon de tissu de l’animal malade a été acheminé par avion militaire vers un laboratoire spécialisé d’Angleterre.
Veneman a recommandé aux consommateurs américains de ne pas céder à la panique. “Je compte servir du boeuf à mon dîner de Noël, a-t-elle dit. Le risque posé par l’ESB pour la santé humaine est très faible.” Veneman a noté que la cervelle et les tissus de l’animal considérés comme des facteurs de contamination possible n’étaient pas entrés dans la chaîne alimentaire.
Mais un responsable de l’Etat de Washington (nord-ouest des Etats-Unis) n’a pas exclu que d’autres morceaux de la vache abattue aient été consommés.
Des experts américains s’emploient à déterminer où ont été envoyées certaines parties de l’animal et comment elle en est venue à être infectée. Ils tenteront notamment de cerner son mode d’alimentation. “Je crois très important de reconnaître que cette maladie ne se propage pas facilement”, a néanmoins souligné Veneman.
L’épidémie d’ESB survenue en Europe il y a une dizaine d’années avait durement frappé la Grande-Bretagne, où quelque 3,7 millions de bovins avaient été abattus.
L’Association nationale des éleveurs de bovins américains redoutait depuis longtemps les pertes que pourrait lui causer une épidémie d’ESB. Les exportations de boeuf américaines ont représenté 3,2 milliards de dollars cette année.
Le département américain de l’Agriculture tiendra des points de presse quotidiens sur son enquête. Selon un responsable du ministère qui a requis l’anonymat, il pourrait ordonner dès mercredi un rappel de la viande de boeuf envoyée dans les trois centres de conditionnement qui ont reçu des parties de la vache infectée.
Un cas d’encéphalite spongiforme bovine avait été diagnostiqué en mai au Canada, dans l’Alberta. Mais Veneman a dit que le cas de l’Etat de Washington n’était pas nécessairement lié à celui du Canada. Certains pays, comme le Japon, interdisent encore l’importation de boeuf canadien.
Veneman a dit s’être entretenue de l’affaire avec le secrétaire à la Sécurité intérieure américaine, Tom Ridge. “Je tiens à souligner que, d’après les informations disponibles, cet incident n’a aucun lien avec le terrorisme”, a-t-elle dit.
L’annonce du cas d’ESB a fait chuter en après-Bourse les titres d’entreprises de restauration rapide comme McDonald’s.
Le numéro un mondial de la restauration rapide a toutefois publié un communiqué pour souligner qu’il n’y avait aucun lien entre sa chaîne d’approvisionnement et l’animal infecté dans l’Etat de Washington.
“Le conditionneur de viande concerné n’a strictement aucune relation avec la chaîne d’approvisionnement de McDonald’s”, a fait savoir Lisa Howard, porte-parole de la firme. “Nous faisons confiance au (…) département de l’Agriculture pour enquêter très sérieusement sur cette situation et prenons toutes mesures appropriées pour préserver la chaîne bovine.”
