Réintroduction des cigognes blanches en Isère

GRENOBLE (AFP) – Des cigognes blanches font à nouveau partie du paysage de la vallée de l’Hien (Isère), entre Lyon et Grenoble, après cinq années de travail et elles sont devenues la fierté des habitants, a indiqué le conseiller technique chargé de l’environnement au Conseil général de l’Isère, Jean-François Noblet.
Située dans les préalpes, la vallée de l’Hien compte de nombreux marais et de zones humides, “grignotés au fil du temps au profit des espaces cultivés notamment de maïs”, explique Jean Daujas, maire de St-Victor-de-Cessieu et président de la communauté des 8 communes de la vallée.
A la recherche d’un projet fédérateur permettant de préserver le paysage et la ressource en eau menacée par l’utilisation des engrais et pesticides pour certaines cultures, la communauté de communes a décidé d’implanter un animal mythique: la cigogne blanche. Ou plutôt de la réimplanter puisque ces oiseaux avec le bout des ailes noires volaient déjà dans le ciel isérois au milieu du siècle dernier.
Un long travail entre le conseil général de l’Isère, EDF, la communauté de commune et les habitants de la vallée s’est mis en place, pour un budget de 85.000 euros.
En 1998, huit plates-formes de 5 à 15 m de haut, pour le nid de terre et de branchages des cigognes, ont été construites ainsi qu’une volière dans la propriété de Monique et Charles Genevay se trouvant dans la zone des marais.
Le centre de réintroduction de cigognes d’Hunawihr en Alsace a envoyé 10 cigogneaux pour débuter le projet. “Avant, nous avons fait un stage dans le centre alsacien pour apprendre à les nourrir, les soigner”, indique Monique Genevay. “Nos oisillons sont nourris avec des poussins d’un jour (les mâles sont tués dès leur naissance dans certains élevages industriels de poules) achetés congelés par sacs de 50 kg”.
“Les cigogneaux sont gardés trois ans en volière pour leur faire perdre leur instinct de migration”, explique M.Noblet. Une fois qu’ils se sont habitués à l’environnement, ils sont lâchés.
La mise en volière permet également de former de “futurs couples”. Cependant, il est très difficile de distinguer le mâle d’une femelle puisque c’est uniquement par la largeur du bec que les spécialistes peuvent se prononcer. “Pendant trois ans, nous avons laissé deux femelles ensemble. On a compris notre erreur quand on les a lâchées et que des mâles les ont accostées”, raconte Jean Daujas, amusé.
Un an après le lâcher des 10 cigognes devenues adultes, un premier couple est revenu au dessus des marais et s’est installé. Ce premier succès est vite terni puisque la femelle s’est électrocutée sur une ligne moyenne tension de la vallée. Le mâle, inconsolable, s’est laissé mourir de faim.
EDF a alors décidé “de se racheter” en enterrant 600 m de ses lignes, indique M. Noblet.
En 2002, un autre couple arrive, s’installe et donne naissance aux premiers cigogneaux isérois. Ces jeunes sont alors mis en volière et bagués.
Actuellement, huit cigognes, dont deux couples et leurs trois petits, plus un célibataire vivent dans la vallée de l’Hien et éveillent la curiosité des habitants qui viennent régulièrement voir voler ces oiseaux d’un mètre soixante d’envergure.
Devenus de véritables emblèmes – ils figurent déjà sur des cartes postales – la communauté de commune de la vallée a décidé de déposer le label “cigogne de la vallée de l’Hien”.
